L’offensive et les manoeuvres

À Blood Bowl, chaque coach n’a qu’un maximum de onze joueurs à sa disposition. Évidemment, ces ressources sont nettement insuffisantes pour couvrir hermétiquement et durablement un vaste terrain de blood bowl et, en conséquent, n’importe quel effort défensif sera, au mieux, précaire. C’est la principale raison pour laquelle un coach est condamné à manoeuvrer de manière offensive s’il veut parvenir à l’emporter.

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L’offensive

On entend souvent dire, avec raison, qu’un match de blood bowl se gagne à la défensive. Toutefois, c’est en suivant cette affirmation un peu trop à la lettre que beaucoup de coachs se prennent les pieds dans le tapis. Si rigoureusement défendre la ligne de mêlée ou la ligne des touchés peut fonctionner quand les astres sont bien alignés, il est souvent plus approprié d’utiliser son engagement défensif pour carrément disputer le rôle offensif. Hormis les exceptions qui font la règle (et elles sont nombreuses car Blood Bowl est très situationnel), les meilleures défensives sont… offensives.

Être à l’offensive = Être en contrôle

L’équipe à la réception du ballon débute avec le rôle offensif que lui procure le premier tour de jeu, mais avec très peu de contrôle dû à un positionnement épars tenant compte des multiples possibilités de coups d’envoi. C’est pourquoi ce premier tour doit être joué minutieusement car il y a un gros risque d’y voir l’offensive avorter prématurément et transiter vers un jeu défensif précaire octroyant beaucoup moins de contrôle sur le jeu. En effet, le meilleur moment pour défaire une offensive est avant même qu’elle ne se coordonne, après quoi, la tâche devient beaucoup plus difficile.

Parvenir à contrôler le jeu demande une implication matérielle sérieuse. Quand on est à l’offensive, on ne l’est pas à moitié, sinon c’est l’équivalent de partir à la guerre avec la moitié de ses troupes – celles envoyées au front se font massacrer pendant que le reste est impuissant. Être en contrôle nécessite principalement de la mobilité sans laquelle l’équipe est plus à risque de perdre l’initiative et de voir son offensive avorter. Une équipe immobilisée est souvent sur la défensive.

À noter qu’un coach faisant face à une offensive mobile et en contrôle se trouve en de moins bonnes dispositions pour cogner avec force puisque ses efforts sont plutôt concentrés à réduire le momentum offensif. En conséquent, l’offensive est l’une des meilleures protections dont peuvent bénéficier les joueurs. Cette protection supplémentaire explique pourquoi, dans la mesure permise par le timing du jeu, un coach en contrôle ne doit pas être trop pressé de mettre fin à son offensive.

Les manoeuvres

La première manoeuvre que tous les coachs acquièrent instinctivement consiste à concentrer la totalité de son offensive sur un côté du terrain afin d’avancer en masse sur un flanc de la défensive. C’est la très typique « offensive en motton » longeant vaillamment (mais souvent futilement) le bord du terrain. Cette manoeuvre primaire termine habituellement sa course très inconfortablement embouteillée.

Heureusement, cette première tentative très basique n’a pas tout faux et peut être améliorée en y combinant d’autres manoeuvres dans une approche mixte. En utilisant simultanément plusieurs manoeuvres, les actions déployées par la défensive pour contrer une menace l’affaiblit contre les autres. L’attaque à deux cages est un bon exemple qui présente un faux choix de ce type car se défendre contre une cage signifie laisser de l’espace à l’autre cage pour manoeuvrer.

En contraste, manoeuvrer en séquence renforce la défensive car les actions déployées pour contrer une menace restent au moins partiellement utiles pour contrer la menace du tour suivant.

Imaginez ce scénario volontairement simpliste. Deux équipes de forces parfaitement égales se font face. Maintenant, visualisez une ligne défensive aux joueurs également déployés sur sa longueur. Hypothétiquement, il est possible de fracasser cette défensive en concentrant la quasi totalité d’une équipe sur un flanc pendant que quelques trois-quarts fixent le reste de la ligne.

Manoeuvrer l’offensive

Offensive concentrée à Blood Bowl

À Blood Bowl, il est souvent primordial pour le succès d’une offensive d’obtenir une supériorité numérique locale massive. Obtenir cette supériorité requiert d’intentionnellement affaiblir une portion de sa ligne d’attaque pour concentrer ses joueurs, très souvent sur un flanc. Ce type de concentration crée une disparité telle qu’elle agit comme un multiplicateur de force en faveur de l’offensive qui dispose pourtant d’un nombre de joueurs égal à la défensive. La portion de la ligne d’attaque volontairement affaiblie sert à fixer un maximum de joueurs adverses, ce qui fournit une protection à l’offensive car, à défaut, la défensive n’a qu’à affaiblir son propre flanc pour renforcer le point de concentration.

Une percée à Blood Bowl

Ensuite, la poussée offensive crée une diagonale naturelle, tout aussi naturellement amplifiée par l’aile la plus faible dont les trois-quarts se font malmener et repousser. Cet effet sert toutefois bien l’offensive en éloignant des joueurs adverses de l’action importante. Une fois la percée sécurisée, l’offensive peut soit aller compter son touché si elle est pressée par le temps, ou rouler sa supériorité de force locale vers le centre du terrain pour se gruger un avantage aux sorties.

Il y a des dangers à cette manoeuvre, principalement qu’une ouverture se crée entre les deux ailes, ce qui risquerait d’embouteiller l’offensive pendant que l’autre flanc serait incapable de porter secours. Aussi, elle demande une grande détermination et il peut parfois être difficile de changer de plan en cours d’exécution. Finalement, cette manoeuvre demande du synchronisme et l’adversaire n’a qu’à générer du chaos pour éviter de la voir se matérialiser.

Revenons à notre scénario. Imaginons maintenant que, dans le but de contrer une offensive concentrée, la ligne défensive est ancrée sur la largeur complète du terrain et répartie en 5 colonnes profondes de deux joueurs, de manière à ce que chaque portion de la ligne défensive ne soit tenue que par un seul joueur.

Blood Bowl Diagram - Column defence

Manoeuvrer la défensive

Traditionnellement, il est accepté qu’une défensive en colonnes bien pourvue a l’avantage sur l’offensive, même si celle-ci manoeuvre ses onze joueurs sur un seul point de concentration. En d’autres mots, cinq joueurs disposés sur la largeur du terrain arriveraient à retenir le double de leur nombre, à la condition de profiter d’un rang de profondeur passif égal au rang de front. En supposant que l’armure, les esquives et les blocages n’engendrent pas de turnovers ou de pertes, un groupe défensif de ce type a des chances raisonnables d’étouffer tout effort offensif.

Poursuivons notre scénario. Toutefois, plus le temps de jeu se réduit et plus l’avantage glisse de la défensive à l’offensive car l’attrition rapproche la défense de son point de rupture. Les défenseurs ayant sacrifié leur réactivité afin de tenir la ligne, l’attaquant peut maintenant choisir où et quand concentrer ses joueurs élites afin d’exercer une force bien plus grande que s’il les avaient dispersés également sur la largeur du terrain.

Manoeuvrer l’élite

Concentrer les forces d’un petit groupe de joueurs élite requiert de la mobilité (pour se concentrer rapidement) et un minimum de force (pour être efficace une fois concentré). L’idée est d’utiliser ses meilleurs joueurs en des engagements successifs contre de petits groupes défensifs plutôt que d’engager la défensive au complet d’un seul geste. Ceci a pour effet d’exposer ses meilleurs joueurs à plusieurs petits risques continus, mais permet éventuellement de grandes avancées.

Cette concentration des élites vise à exploiter les erreurs défensives désynchronisantes (esquive foirée, erreur de positionnement, sortie opportune, etc). La concentration de cette force de frappe sur un élément désynchronisé est alors optimale. La manoeuvre est répétée à chaque moment désynchronisant.

Éléments désynchronisants :

  • Un déploiement trop étalé et pas assez profond.
  • Un déploiement divisé de chaque côté de l’offensive.
  • Un adversaire sans blitzeurs mobiles de qualité.
  • Un adversaire en désavantage de force marqué.
  • Un adversaire jouant cul sec (sans relances).
  • Un turnover malencontreux.

Éléments facilitants :

  • Une offensive plus mobile que la capacité de la défensive à réagir.
  • Un coach plus efficient que son adversaire dans ses choix de jeu.

Finissons notre scénario. Seulement, aucun coach légendaire n’a le monopole sur l’art du coaching et, ce qui est évident pour l’un l’est aussi pour l’autre. Si nous transposions ce scénario en situation de jeu réelle, aucun coach ne s’approprierait volontiers le rôle défensif précaire. De fait, il est plus probable que le rôle offensif serait âprement disputé et échangé, ce qui obligerait nos deux coachs à combiner ces manoeuvres et leurs nombreuses déclinaisons en une approche mixte. Par exemple, les trois-quarts pourraient être manoeuvrés en sections de colonnes mobiles s’échangeant prudemment des blocages et des esquives pendant que les blitzeurs s’efforceraient d’exploiter au mieux les éléments désynchronisants du jeu.

Devant ce nouvel équilibre des forces, d’autres considérations offensives entrent alors en scène pour forcer la main des coachs vers une quelconque résolution. De telles considérations peuvent être en relation avec, par exemple, le temps de jeu restant ou avec la nécessité de défendre à tout prix un match nul. C’est ici que le blood bowl devient très teinté par le style de jeu de chaque coach car les choix d’objectifs sont souvent une question de préférences personnelles… et tous les goûts sont dans la nature !

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